Dre Aliyah Khan

Dre Khan a un parcours professionnel et personnel inspirant. Grâce à cet entretien, j’ai eu l’occasion en or de non seulement découvrir une clinicienne et une chercheuse incroyable, mais aussi de découvrir un être humain humble et doté d’une personnalité altruiste. En tant qu’étudiante en médecine, je me posais beaucoup de questions sur la façon d’équilibrer ma vie personnelle et professionnelle. Heureusement, avec cet entretien, j’ai réalisé qu’être une médecin compétente et accomplie ne signifie pas que nous devons placer la vie personnelle en seconde priorité. Au contraire, les deux peuvent aller de pair si l’on utilise correctement son temps.

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir une carrière en  médecine ?

Ma jeune sœur est atteinte du syndrome de Rett et a nécessité de l’aide pour les repas, l’habillage et les soins d’hygiène. Elle avait aussi eu énormément de convulsions et nous avons reçu très peu de soutien de notre médecin à Ottawa pour soigner son état ou traiter ses convulsions. La nuit, elle avait souvent des convulsions et se mordait les mains. Je m’occupais de ma sœur après l’école et toute la nuit et je me sentais frustrée par le manque d’options de traitement pour sa maladie.  Je voulais faire des études de médecine afin de faire progresser les connaissances et de mettre au point de nouvelles thérapies pour les personnes gravement handicapées. 

 

Qu’est-ce qui vous a intéressé dans votre spécialité ?

Durant mes études en médecine, j’ai été fascinée par la structure et la fonction du squelette humain. La capacité du squelette à se réparer et à se renouveler ainsi que la fonction des cellules osseuses et leur capacité à communiquer avec chacune d’entre elles étaient remarquables.  Je savais que je voulais en savoir plus sur le squelette et les maladies qui l’affectent ainsi que sur notre capacité à améliorer la structure et la fonction des os grâce à la pharmacothérapie. C’est pour cela que j’ai choisi d’étudier les maladies des os et les troubles du calcium.

 

Y a-t-il des moments où le fait d’être une femme a rendu votre développement personnel et professionnel plus difficile/plus facile ?

Être une femme et réussir sur le plan scolaire exige un engagement, un dévouement et une excellente gestion du temps. Quand vous êtes mère, afin de réussir, vous devez apprendre à réserver du temps pour votre carrière après avoir veillé à ce que vos enfants soient pris en charge, autant pour leurs besoins physiologiques qu’émotionnels. Ceci implique de jongler avec de nombreuses responsabilités et de dépendre du soutien des membres de sa famille. Je n’aurais pas pu atteindre mes objectifs de carrière sans le soutien de ma chère mère, de mon père et de mon mari. Je suis à jamais redevable à mes parents et à mon mari pour leur soutien indéfectible qui a contribué à mon succès en tant que médecin et professeur de médecine.

 

Comment conciliez-vous votre vie professionnelle et votre vie familiale ?

Pour moi, la réussite, c’est de trouver un équilibre entre nos responsabilités et de veiller à répondre aux besoins des membres de notre famille qui dépendent de nous en tant que principale priorité. C’était important pour moi d’essayer de passer le plus de temps possible avec mes enfants, mais j’avais du mal à concilier les responsabilités de la résidence et de l’hôpital en tant que jeune mère. J’avais une nounou et ma mère qui étaient essentielles pour superviser leurs soins, mais j’essayais aussi de faire en sorte que mes enfants m’accompagnent au travail quand c’était possible. Souvent, j’emmenais mes jeunes enfants avec moi lors de mes conférences et je les présentais au public en tant qu’expertes en audiovisuel.  Une enfant de cinq ans est très douée pour faire avancer les diapositives et mes enfants appréciaient ces voyages et le temps que nous pouvions passer à voyager pour assister à ces conférences. Ils ont également apprécié de rencontrer de nouvelles personnes. Parmi les meilleures vacances que nous avons passées ont été des tournées de conférences à travers le monde avec mes enfants ainsi qu’avec mon mari ou mes parents . C’était d’excellentes occasions de s’instruire et de s’amuser en famille. Le grand défi, c’est d’utiliser chaque minute de son temps à bon escient et essayer d’intégrer toutes les nombreuses responsabilités que nous avons afin de pouvoir réussir dans toutes les sphères de la vie, y compris la vie familiale et la vie professionnelle.

 

Vous avez reçu de nombreux prix, l’un d’entre eux est le prix de la Fondation internationale de l’ostéoporose pour l’excellence en matière de publication en 2017.  Vous avez également été reconnu comme faisant partie du 0,1 % des meilleures expertes mondiales en matière de maladies des glandes parathyroïdes. Comment cela a-t-il influencé le reste de votre carrière ?

Je me suis sentie honorée et touchée par cette reconnaissance. Cela m’a encouragé à continuer d’essayer d’atteindre l’excellence et à ne pas m’inquiéter du temps qu’exige la recherche et l’enseignement intensifs. Il est vrai que cette poursuite de l’excellence prend du temps, mais il est important de viser l’excellence car c’est ce qui permet l’avènement de progrès en sciences afin de faire une différence dans la vie des gens. 

 

Pouvez-vous nous en dire plus sur l’école et l’orphelinat que vous avez construit pour les réfugiées syriennes en Turquie ?

La crise syrienne est déchirante. Ce qui est choquant, c’est le fait que des écoles et des hôpitaux sont bombardés et que des enfants et des civils innocents sont pris pour cible par les bombes à canon larguées sur des villes très peuplées.  J’ai eu le cœur brisé en voyant la photo du corps du petit Aylan Kurdi échoué sur le rivage… J’ai senti que ces enfants qui sont nos enfants devenaient orphelins ou perdaient leurs membres ou leur vie. J’ai voulu faire ce qui était en mon pouvoir pour aider les millions d’orphelines qui se rendaient dans les pays voisins pour y chercher un abri. Beaucoup de ces enfants orphelines innocentes se rendaient à pied dans les pays voisins comme la Turquie avec seulement les vêtements qu’elles portaient et beaucoup avaient perdu leurs deux parents.

C’est déchirant de voir une telle injustice et je voulais apporter un changement significatif dans la vie de ces enfants qui avaient tout perdu. J’ai rassemblé mes économies personnelles pour construire une maison Rahma (qui signifie « miséricorde ») à Osmaniye, une ville qui a accueilli de nombreuses réfugiées. Je voulais particulièrement aider les filles orphelines syriennes, car elles avaient très peu de soutien et étaient plus vulnérables aux abus que les garçons.  L’éducation d’une fille peut avoir d’énormes avantages pour la société, car la mère éduque ensuite ses enfants en élevant la famille et en lui permettant d’aspirer à une meilleure vie. J’ai envisagé créer une école et un orphelinat pour elles. À l’heure actuelle, nous avons 500 enfants qui bénéficient d’un abri, d’éducation, de repas et de vêtements. Nous sommes actuellement en train de développer des sessions Skype pour enseigner aux enfants l’anglais, les mathématiques et les sciences. Nous travaillons à étendre ce programme et à développer un programme de santé mentale pour les réfugiées syriennes à Osmaniye.

En fait, c’était le rêve de mes parents de construire un orphelinat et je voulais réaliser leur rêve. Mes parents passaient la majeure partie de leur temps à apprendre aux jeunes enfants à lire et à écrire et à lire le Coran. Mes parents croyaient à la diffusion de l’amour et ils ont servi Dieu en servant sa création. Je voulais partager ces qualités avec tous les enfants du monde entier ; nous devons aimer toutes les enfants, quelle que soit leur race ou leur religion, car elles sont comme nos propres enfants. Ma religion m’a inculquée que l’on devient croyante que si l’on désire pour autrui, les mêmes choses que l’on désire pour soi. Je voulais répandre cet amour aux enfants déplacées par la guerre.

 

Qu’est-ce qu’une femme « forte » ? Qu’est-ce qu’une femme leader ?

Une femme forte est une femme qui est courageuse et prête à se dresser contre l’injustice et l’oppression et dont les paroles prêchent la vérité. Une femme leader est une personne qui s’efforce d’atteindre les objectifs de son peuple et d’influencer ce dernier pour qu’il la soutienne dans la réalisation de ces objectifs.  Espérons que cela se traduira par une amélioration de la qualité de vie et une autonomisation de tous les individus.

Quels conseils donneriez-vous à la prochaine génération d’étudiantes en médecine?

Mon conseil sera de profiter de chaque jour, de rêver en grand, de travailler dur et d’être optimiste. Continuez d’aimer toutes les personnes et toutes les situations qui croiseront votre chemin.

Si nous devions retenir une chose de cet entretien à votre sujet, quelle serait-elle ?

Ce serait l’importance d’aimer tout le monde sur cette terre afin de les servir au mieux de nos capacités. C’est mon principal objectif dans la vie, et je voudrais que ce soit un objectif partagé et chéri par tout le monde.